Galerie Animalia
Yves Brayer
(1907 - 1990)
Yves Brayer trouva sa vocation dès l’enfance, dessinant avec frénésie et couchant sur le papier des scènes qui témoignaient déjà d’un sens inée pour la couleur. Alors que son père, Victor Brayer qui était alors capitaine, se trouvait sur le front de la Grande Guerre, Yves et sa mère séjournèrent en Provence. Comme un premier coup d’œil du destin, le peintre en devenir parcourait alors les paysages qui devaient par la suite prendre une place prépondérante dans son Œuvre.
Le jeune homme grandit en partageant son temps entre deux passions : l’art et les chevaux. Cavalier comme son père, il fut poussé par ce dernier vers la carrière militaire. La famille s’installa à Paris en 1924, lorsque le commandant Brayer fut affecté au cabinet du ministre de la guerre. Yves fut inscrit au onzième cuirassier de l’Ecole militaire et commença également à suivre les cours du soir de la ville de Paris, fréquentant également les académies de Montparnasse. Sa passion pour la peinture était alors comblée par l’initiation au modèle vivant et par ses visites fréquentes dans les musées parisiens.
Lors d’une reprise à l’Ecole militaire, sa rotule et son tibia sont brisés suite à la ruade du cheval qui le précédait. L’opération et la rééducation éloignèrent définitivement le jeune Brayer de la vie militaire. Refusé à l’examen de l’Ecole des Beaux Arts, il fut malgré tout accueilli par le peintre Lucien Simon (1861 – 1945) en tant qu’élève libre. L’année suivante, il fut admis et se vit décerner le Prix Chenavard en 1927 pour sa grande composition, Le Manège d’équitation.
Une bourse de voyage d’Etat le guida vers l’Espagne, la Castille, Madrid et la vallée du Tage. À son retour, le chemin vers le succès se poursuivit avec les salons et de nouveaux prix (le concours d’Attainville, le Prix Chenavard pour la deuxième fois consécutive)… En 1928, il remporta le Prix du Maroc et voyagea ainsi à Casablanca, Fez, Marrakech et dans la région de Rabat où il observa des fantasias.
Déjà remarqué au Salon des Tuileries et au Salon d’Automne, Yves Brayer n’avait que 22 ans au moment de sa première acquisition d’Etat. Une gouache préparatoire du Marché aux chevaux à Fez rejoignit les collections du musée du Luxembourg. Sa composition représentant la légende médiévale de Geneviève de Brabant fut récompensée du Prix de Rome en 1930. Alors que le monde subissait encore les conséquences du krach de l’année précédente, l’avenir du jeune artiste semblait maintenant assuré. Depuis 1663, le Prix de Rome en peinture attisait les convoitises des meilleurs artistes. Brayer partait à Rome pour trois ans comme pensionnaire à la villa Médicis. Il profitera de cette période pour découvrir l’Italie mais aussi l’Espagne, à nouveau, la Grèce et Istanbul.
À Paris, la Galerie Charpentier organisa sa première exposition monographique. Yves Brayer avait 26 ans. En 1938, la même galerie organisa une deuxième exposition qui contribua encore à consolider la notoriété du peintre. Entre temps, il était devenu professeur à l’Académie de la Grande Chaumière. Sa place au sein du monde de l’art était établie. Il s’imposait comme une figure incontournable de l’Ecole de Paris.
Mobilisé au début de la guerre, il se rendit dans le Sud après l’Armistice. Une petite communauté d’artistes se réunit à Cordes. Brayer participera également à la conception de décors pour l’Opéra de Paris, expérience qu’il réitèrera par la suite. En 1945, le peintre se maria avec Hermione Falex qui apparait dans de nombreux portraits. C’est avec elle que le peintre sillonna la Provence en bicyclette pendant deux mois. Les Baux et la Camargue séduisent le peintre qui ne cessera plus de retourner vers ces paysages. Sa peinture a atteint sa maturité et la palette de l’artiste, reconnaissable entre mille, s’est harmonisée autour du blanc, du noir, l’ocre, le bleu de cobalt, le vert émeraude, le vert de baryte, la laque de garance foncée et le vermillon.
Le succès s’accompagnait bien sûr de nouveaux projets, de nouvelles demandes. Brayer illustra des ouvrages de Charles Baudelaire, Paul Claudel, Henry de Montherlant, Marcel Pagnol, Jean Giono et bien d’autres… Il réalisa également des cartons pour des tapisseries. En 1957, un an après la naissance de son fils, Olivier, Brayer est élu à l’Académie des Beaux Arts. Il deviendra président de l’Académie en 1969 et conservateur du musée Marmottan à Paris en 1977.
Entre ses responsabilités à Paris, la Provence, les expositions et les voyages dans le monde entier, le peintre s’imposa comme l’un des grands maîtres modernes de la peinture figurative. Les États-Unis, le Mexique, l’Egypte, l’Iran, l’ancienne Palestine, la Russie, le Japon… Au fil des années, l’envie de découvrir le monde et d’aller chercher « la nature qui donne un choc » s’intensifia. Il s’éteignit en 1990, laissant derrière lui un immense héritage artistique.
Littérature
– L. Harambourg, H. Brayer, O. et C. Brayer, Yves Brayer. Catalogue raisonné de l’Œuvre peint, Lausanne : La Bibliothèque des Arts, 2 tomes, 2008.