Rosa Bonheur
(1822 - 1899)
Figure emblématique de la peinture animalière, Rosa Bonheur nous a laissé un immense ensemble de peintures et de dessins, ainsi que quelques sculptures. Mieux que personne, elle a su illustrer la noblesse de ces animaux qu’elle affectionnait tant et qui étaient aussi présents dans son Œuvre que dans sa demeure de By : chevaux, chiens, cervidés, bovins et même félins, de la jument Grisette à la lionne Fathma. Ses formats ambitieux, habituellement réservés à la peinture d’Histoire, replacent le règne animal et la nature sur le devant de la scène. Dans sa peinture, l’Homme n’est plus la mesure de toute chose, il s’intègre à la nature, étrange espèce parmi tant d’autres.
Née à Bordeaux en 1822, Rosa Bonheur fut plongée dans un environnement familial tourné vers l’art. Elle se forma auprès de son père, Raymond Bonheur (1796 – 1849), et de Léon Cogniet (1794 – 1880). Sa mère était musicienne et professeur de piano. Aucun des membres de la fratrie n’échappa à la carrière artistique. Auguste et Juliette devinrent peintres et Isidore sculpteur. La famille déménagea à Paris en 1829, s’ouvrit alors une période difficile et précaire. La mort de sa mère, Sophie Bonheur, en 1833 marqua profondément Rosa. Quelques années plus tard, elle trouva dans son amitié avec Nathalie Micas et dans le foyer de celle-ci le réconfort et la stabilité qui lui avaient manqué.
Dès son plus jeune âge, Rosa manifesta un vif intérêt pour les animaux. Comme beaucoup d’artistes de son temps, elle se rendait fréquemment en forêt de Fontainebleau et au Jardin des Plantes pour y réaliser des études. D’autres sujets s’inspirent de son voyage en Écosse en 1856. Soucieuse du rendu anatomique qu’elle voulait fidèle à la réalité, elle allait parfois dans les abattoirs pour réaliser des esquisses. Elle associait à son approche naturaliste une profonde compréhension du caractère de ses modèles.
Rosa Bonheur présenta ses premières peintures au Salon de 1841, à seulement dix-neuf ans, puis en 1842, une terre cuite représentant une Brebis et l’année suivante, un Taureau en plâtre. Elle obtint une médaille de 3e classe au Salon de 1945 et une médaille de 1ère classe au Salon de 1848 pour ses Bœufs et Taureaux, Race du Cantal. C’est suite à ce prix que Rosa Bonheur obtint une commande d’État. Le Labourage nivernais fut présenté au Salon de l’année suivante, où il fit sensation, avant de rejoindre les collections du musée du Luxembourg à Paris. Cette manière de représenter les travaux agraires et l’expressivité que l’on retrouve dans ses figures sont inédites. Le spectateur se sent happé par le regard de l’un des bœufs du premier attelage. Malgré l’effort, celui-ci se contorsionne, comme attiré par l’animation en dehors du tableau. Le paysage valloné, les sillons de terre et les herbes sont criants de vérité. L’artiste représentera souvent les paysages de Bourgogne et d’Auvergne. Elle voyagea également dans les Pyrénées en 1850, région qui lui inspira un grand nombre d’esquisses.
Ses sculptures sont très recherchées, bien que l’artiste ait toujours privilégié la peinture, n’ayant ainsi laissé que quelques modèles. Dans les années 1850, elle céda les droits à son beau-frère, le fondeur Hippolyte Peyrol, également fondeur des sculptures de Isidore Bonheur. Dans une lettre, elle écrit les mots suivants :« À mon beau-frère j’abandonnais mes droits d’auteur sur les animaux sculptés qu’il coule en bronze encore aujourd’hui 〈…〉. Pour ne pas risquer d’entraver la carrière artistique de mon frère Isidore, j’ai cessé d’exposer à la sculpture le jour où je me suis rendu compte de son talent dans cet art. »
La notoriété de Rosa Bonheur ne devait pas s’arrêter aux frontières de la France. Sa peinture était recherchée par les Anglo-Saxons en particulier, notamment aux États-Unis où Le Marché aux chevaux, présenté au Salon de 1853 l’avait hissé au rang de maître. Cette œuvre fut achetée par le marchand Ernest Gambart, puis vendue à un collectionneur américain qui en fera don au Metropolitan Museum de New York en 1887.
En 1860, Rosa Bonheur s’installa dans le château de By, près du village de Thomery. Elle y reçut l’impératrice Eugénie en 1864, qui revint l’année suivante pour remettre à l’artiste les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. Rosa sera en 1894, la première femme à être promue officier dans cet ordre.
Littérature
– J.-C. Hachet, Dictionnaire illustré des sculpteurs animaliers & fondeurs de l’Antiquité à nos jours, Paris : Argusvalentines, volume I, 2005, pp. 210 – 211.
– P. Kjellberg, Les bronzes du XIXe siècle : Dictionnaire des sculpteurs, Paris : Les éditions de l’amateur, 1996, p. 106.
– A. Klumpke, Rosa Bonheur. Sa vie et son œuvre, Paris : Flammarion, 1909, p. 202.