Léon Charles Canniccioni

(1879 - 1957)

Léon Charles Canniccioni dans son atelier. © Musée Roybet Fould.

Léon Charles Canniccioni est né à Ajaccio en 1879. Son père, Xavier Canniccioni, était berger et homme de lettres. Lorsque la famille déménagea à Paris en 1880, fuyant la crise économique qui sévissait en Corse, celui-ci publia de nombreux articles et poèmes sous le pseudonyme Canny. Léon grandit ainsi dans un environnement familial propice à son épanouissement artistique.

Léon Canniccioni se forma à l’Ecole des Arts Décoratifs, à partir de 1893. Deux ans plus tard, il intégra l’atelier indépendant de Jean-Léon Gérôme (1824 – 1904) et en 1899, le jeune peintre fut reçu à l’Ecole Nationale des Beaux Arts. Il fut un élève assidu, fréquemment récompensé aux concours de composition. Il obtint le Prix Chenavard en 1907 et en 1909, ainsi que le Prix d’Attainville en 1909. Tout en se consacrant pleinement à son art, Canniccioni s’engagea également dans les corps des sapeurs pompiers de Paris pour quatre ans.

Sa formation aux Beaux Arts l’encouragea dans un premier temps à s’intéresser aux sujets classiques. Son premier envoi au Salon des Artistes Français, en 1909, représentait La Douleur d’Orphée et fut récompensé d’une médaille de troisième classe. Cette toile est conservée au Palais Fesh, le musée des Beaux Arts d’Ajaccio. L’année suivante, le tableau Edith retrouve le corps d’Harold après la bataille d’Hastings, œuvre aujourd’hui détruite, fut acquise par le musée de Leipzig. Ce fut au tour de l’État français de faire l’acquisition d’un triptyque du jeune artiste corse en 1913. Le Retour à la terre est aujourd’hui en dépôt à Ajaccio. Pour cette œuvre, il reçut une bourse de voyage de l’Etat qui lui permis de parcourir l’Afrique du Nord. Canniccioni voyagea également en Espagne et en Italie. C’est surtout en Corse, au contact de ses racines, que l’artiste s’épanouit. Il y exposa dès les premières années, soucieux de rester lié à l’île, à ses habitants, à ses coutumes et ses paysages qu’il affectionnait et n’eut de cesse de représenter. Certains lieux apparaissent dans plusieurs tableaux, parés d’une lumière et d’une palette différentes. De la même façon, le peintre traitait parfois un sujet en plusieurs tableaux, variant quelques détails et ajustant les couleurs. Cela permettait par ailleurs de répondre aux nombreuses commandes.

Pendant la première guerre mondiale, Léon Canniccioni fut mobilisé sur le front de l’Est. Il s’attacha à représenter ses frères d’armes dans des dessins intimes, cadrés sur des visages marqués par l’épreuve et l’émotion. Les sentiments humains prennent à partir de là une dimension singulière dans la peinture de Canniccioni. S’éloignant du Classicisme, l’artiste s’engageait dans une nouvelle voie chromatique, marquée par les courants post-impressionnistes. Le changement est déjà perceptible dans le tableau Cavalier corse dans la vallée de l’Asco, peint en 1913, acquis par l’Etat français en 1915.

Les séjours en Corse se multiplièrent. Dans les années 1920, le peintre se rendait souvent à Moltifao, avant d’acheter un appartement à Ajaccio. La vie artistique s’articulait autour des figures de Léon Canniccioni, Lucien Peri (1880 – 1948), François Corbellini (1863 – 1943) et Jean-Baptiste Bassoul (1875 – 1934). En 1924, Canniccioni présenta au Salon des Artistes Français ses Femmes corses à la fontaine. Cette grande composition se vit décerner une médaille d’or. L’année suivante, le peintre remporta le Prix Rosa Bonheur pour son Bouvier corse.

Reconnu pour son talent, Canniccioni reçut la Légion d’honneur en 1928 et fut promu officier en 1955. Autre consécration, l’artiste devint sociétaire des Artistes Français en 1929 et deviendra par la suite membre du jury de peinture. Il remporta un grand nombre de récompenses en France et à l’étranger dans les années 1930. Cette période vit naître différents projets dans le domaine des arts décoratifs et de l’illustration. Canniccioni travailla avec la manufacture des Gobelins et réalisa notamment des tapisseries sur le thème des Vendanges en Corse.

Les années 1940 furent douloureuses pour l’artiste qui fut profondément affecté par la disparition de son épouse en 1942. Elle était elle aussi originaire de Corse et avait été pour lui un soutien indéféctible. Il vécut cette deuxième guerre mondiale dans la solitude, tandis que sa santé se dégradait. Les commandes se firent rares et au début des années 1950, il fut atteint d’une hémiplégie qui ralentit considérablement son travail.

En 1947,  le peintre quitta son appartement parisien pour prendre le poste de conservateur du musée Roybet de la fondation Achille Fould, à Courbevoie.

En 1952, il voyagea une dernière fois en Corse et découvrit une nouvelle réalité, après douze ans d’absence. Dans ses correspondances, il évoque à plusieurs reprises le délitement des traditions, la disparitions de certains vêtements, d’éléments architecturaux et par dessus tout, la dégradation de mal nature. Lui qui représenta si souvent le golfe d’Ajaccio et ses eucalyptus regrettait amèrement les nouveaux aménagements et campagnes d’abattage.

Il ressort de l’Œuvre de ce peintre une fierté, un attachement viscéral à ses racines. Dans une lettre adressée à Pierre Grimaldi vers 1952, Canniccioni écrit : « Mon père m’a communiqué sa passion pour les mœurs antiques de nos montagnes (…), ce domaine de rêve qui a enchanté pour la durée de ma vie, de mon enfance à mes vieux jours, les quelques heures heureuses que j’ai pu traverser dans notre monde traqué ». Lorsque l’on se plonge dans l’une de ses toiles, on comprend alors le sens des mots qui furent prononcés par Henri Matisse (1869 – 1954) au sujet de la Corse : « j’étais ébloui, là-bas tout brille : tout est couleur , tout est lumière ».

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