Henri Emilien Rousseau

(1875 - 1933)

Henri Rousseau à Saint-André-de-l'Eure, été 1911 © Association Henri Rousseau

Henri Rousseau est né au Caire, en 1875. Sa famille, originaire du Midi, avait par ailleurs des attaches en Afrique du Nord. Son grand-père était négociant en Tunisie. Après une formation à Polytechnique et à l’Ecole des ponts et chaussées, son père, Léon Rousseau fut engagé en 1864 sur le chantier titanesque du canal de Suez. De cette expérience découlèrent d’autres opportunités en Égypte. Le jeune ingénieur épousa une italienne, Marie-Angèle Donna. Henri fut le premier d’une fratrie de dix enfants. Les premières années d’Henri Rousseau furent marquées par l’instabilité économique et politique que connut l’Égypte à la fin des années 1870. Le khédive Ismaël Pacha fut destitué par le sultan ottoman au profit de son fils, Tawfik Pacha. Le soulèvement nationaliste qui débuta en 1879 eut pour conséquence l’instauration d’un Protectorat britannique en 1882. Dans les périodes de troubles, Marie-Angèle et ses enfants se réfugièrent en France et en Italie. Dans ce contexte d’incertitude, la famille Rousseau choisit de retourner en France en 1884. 

De son enfance cairote, Henri gardera le souvenir des couleurs et de la lumière, les sensations associées aux souvenirs des ballades à dos d’âne ou de poney dans les ruelles. Dès son plus jeune âge, il saisit ses impressions sur un carnet de dessin. Pendant les années passées à Versailles, il poursuivit son apprentissage artistique en saisissant les paysages et en copiant les maîtres anciens. Le peintre Jean-Léon Gérôme (1824 – 1904), que Léon Rousseau avait rencontré en Égypte, encouragea le jeune artiste à poursuivre sa vocation. En 1894, à l’âge de dix-neuf ans, Henri fut admis comme élève libre dans l’atelier du maître. Il entra officiellement à l’Ecole des Beaux Arts en 1896. 

Il reçut cette année là  une première commande importante, trois grandes toiles sur la vie de Saint François, destinées à la Chapelle des Capucins de Versailles, malheureusement détruite en 1906. Il participera à la décoration d’autres églises. Très croyant, le jeune artiste montrait une grande maîtrise des sujets religieux et réalisa également des tableaux d’Histoire qui lui valurent plusieurs prix. Il exposa pour la première fois au Salon de 1899, où il présenta un Portrait de ma mère et une toile du Christ guérissant un aveugle qui obtint une mention honorable.  

La peinture de paysage resta toujours ancrée dans son identité. Les années de formation sont ainsi marquées par des séjours en Bretagne et en Normandie, où le jeune homme retranscrivait sur papier ses impressions de la nature et de la vie rurale qu’il affectionne. Son tableau La Prière, présenté au Salon de 1900 et acquis par l’Etat, fut récompensé d’une médaille de 3e classe qui lui permis d’obtenir une bourse de voyage. Son « Grand Tour » débuta par la Belgique et les Pays-Bas. Le peintre s’inscrit ainsi dans les pas d’un autre grand orientaliste, Eugène Fromentin, qui avait voyagé dans les mêmes contrées en 1875 et publia le récit de ce pèlerinage pictural dans son ouvrage Les Maîtres d’autrefois. Au début de l’année 1901, le jeune artiste voyagea en Tunisie, où les attaches familiales lui offrirent différents points de chute à travers le pays. Il visita Tunis, Monastir, Kairouan, Sousse, El Djem, Sfax, Tozeur, Nefta et Gafsa. Il dessinait, peignait les villes, leur architecture et les scènes pittoresques se jouant dans les ruelles. C’est également là que le cheval commence à prendre une place prépondérante dans son Œuvre. Rousseau vécut en Afrique du Nord un véritable voyage initiatique, ne craignant pas de s’aventurer souvent en dehors des villes et de partir à cheval ou à pied dans de véritables expéditions. Il suivait les caravanes, découvrait l’hospitalité des Bédouins. La découverte de ces cultures et le bouleversements des sens de l’artiste qui enrichit son univers de nouvelles couleurs, marquèrent immédiatement et durablement sa peinture.

 « Plus il est brûlant, plus le paysage africain a d’intérêt (…). Je me bats des heures contre ma palette, je cherche à rendre l’harmonie pendant que tout éclate autour de moi. Mon oeil clignote, aveuglé… »

– Henri Rousseau, à Monastir en 1901. 

Après avoir terminé son périple en Espagne, Rousseau revint à Versailles et épousa Alice Ravanne avec qui il eut sept enfants. Son atelier se trouvait à Paris, à la Villa des Arts que fréquentèrent également Toulouse-Lautrec, Cézanne, Renoir et Dufy. Henri Rousseau exposa à la Galerie Georges Petit tout au long de sa carrière. Il présentait ses œuvres à Paris, régulièrement au Salon des Artistes français et à trois reprises au Salon des peintres orientalistes français, ainsi que dans plusieurs salons en province (Pau, Nantes, Angers, Lyon…).  

La peinture d’Henri Rousseau explore tous les genres. Son savoir-faire et sa polyvalence le conduirent également à réaliser des travaux décoratifs et des illustrations. Il restaura par ailleurs près de 250 tableaux de maîtres, en lien avec les activités de la Galerie Georges Petit. Les scènes inspirées par les voyages en Tunisie et en Algérie s’imposèrent malgré tout comme la spécialité de l’artiste. Il retourna en Afrique du Nord six fois entre 1902 et 1911. Plus tard, il découvrira aussi le Maroc où il se rendra plusieurs fois entre 1920 et 1932. Ses représentations explorent la vie des cavaliers, dans les moments de calme et dans les cavalcades, parfois dans le désordre d’une fantasia ou d’un affrontement. La chasse au faucon est également un thème récurent. Dans des compositions toujours plus ambitieuses et flamboyantes, l’artiste parvint à déployer un univers sans cesse enrichi et réinterprété. Dans la lignée des coloristes, il a forgé son style au plus près des paysages qu’il représente, dans une facture vibrante et pleine de reliefs.

La première exposition monographique d’Henri Rousseau eut lieu en 1908 à la Galerie Georges Petit. Les 56 œuvres répertoriées dans le catalogue sont des huiles et des aquarelles, principalement des sujets inspirés par les voyages de l’artiste. L’exposition connut un grand succès auprès du public. Quelques années plus tard, en 1911, l’artiste profita d’une nouvelle grande exposition personnelle pour présenter une autre dimension de sa peinture avec des tableaux consacrés pour la majorité à la vie paysanne française. L’année suivante, il découvrit la Camargue aux côtés du peintre Edouard Doigneau (1865 – 1954). En découvrant cette région à cheval, Rousseau découvrait de nouveaux motifs.  

La guerre fut une période de précarité, d’errance et de désillusion pour la famille Rousseau. Mobilisé au début du conflit, Henri Rousseau fut renvoyé à son foyer en tant que père de famille nombreuse en mars 1915. Désireux d’un nouveau départ, la famille s’installa à Aix-en-Provence en 1919 et s’épanouit dans ce nouvel environnement.  L’artiste entama alors sa période la plus féconde. De 1919 à sa mort en 1933, il réalisa plus de 850 tableaux et environ 500 aquarelles… Les œuvres de maturité se focalisent sur l’Afrique du Nord et la Camargue, cristallisent un imaginaire qui contribua à asseoir la postérité de Rousseau. Sa peinture est aujourd’hui exposée sur les cimaises de nombreux musées, en France comme à l’étranger.

 Littérature

– P. Ruffié, Henri Rousseau. Le dernier orientaliste. 1875 – 1933, Toulouse : Editions Privat, 2014.

Œuvres disponibles

Œuvres vendues

À la porte d'un riche arabe