Armand Guillaumin

(1841 - 1927)

Paul Burty Haviland, Le Peintre Armand Guillaumin peignant à Crozant, 1917, Épreuve sur film souple H. 8,5 ; L. 11,5 cm. © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt

Armand Guillaumin grandit entre Paris et Moulins, dans une famille ouvrière originaire de l’Allier. Dès l’âge de seize ans, il suivit des cours de dessin à l’Ecole des Petits-Carreaux, tout en travaillant dans le magasin de lingerie féminine de son oncle. Il rejoignit ensuite la Compagnie des chemins de fer sur la ligne Paris – Orléans. Bien décidé à suivre sa vocation d’artiste, il  s’inscrivit à l’Académie Suisse où il se noua d’amitié avec Paul Cézanne (1839 – 1906) et Camille Pissaro (1830 – 1903). Sa formation fut néanmoins en grande partie autodidacte, marquée dans les premières années par l’influence romantique et par les peintres qui formaient alors l’Ecole de Barbizon. 

Contrairement à d’autres artistes impressionnistes issus de milieux bourgeois (Berthe Morisot, Edgar Degas ou Edouard Manet), Guillaumin fut longtemps en difficulté. À l’image d’Auguste Renoir qui fut peintre sur porcelaine, il lui arriva de travailler en peignant des stores aux côtés de Camille Pissaro. Après s’être consacré à la peinture pendant deux ans, il fut contraint de prendre un travail de nuit aux Ponts et Chaussées. Les journées restaient ainsi dédiées à l’art et aux escapades à Pontoise et à Auvers, où il peignait sur le motif.

 Guillaumin vient de passer quelques jours chez nous, il travaille toujours le jour à la peinture et le soir à ses fosses, quel courage !

– Bailly-Herzberg Janine, Correspondance de Camille Pissaro, 1/1865-1885, PUF, 1980, p. 77.

Dès le début de sa carrière, Guillaumin rejetta fermement l’Académisme, renonçant ainsi à exposer au Salon et se brouillant avec certains marchands importants. Il fit partie de la Société Anonyme des Artistes Peintres, Sculpteurs et Graveurs initiée par Pisarro en 1873. L’année suivante, Armand Guillaumin participa à la première exposition des impressionnistes, encore connus sous le nom de « Groupe des Batignolles ». Il s’impliqua dans l’organisation de cinq autres expositions sur les sept qui devaient suivre jusqu’en 1886. Ses œuvres furent par ailleurs exposées aux Salons des refusés.

Armand Guillaumin, Autoportrait à la palette, 1878, © Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation).

Sa peinture de l’époque témoigne de l’intérêt de l’artiste pour les cours d’eau. À partir de 1875, Guillaumin se rapprocha de la Seine et occupa l’ancien atelier du peintre Daubigny, situé au 13 quai d’Anjou sur l’Île Saint Louis. Dans sa peinture, l’eau est un personnage à part entière, mouvante et colorée, miroitant la lumière et inondant le reste du paysage.

La cinquième exposition impressionniste, organisée en 1880, fut marquée par l’absence de Renoir et Monet qui avaient fait le choix de présenter leurs œuvres au Salon pour attirer un public et des marchands soucieux de la reconnaissance académique, à l’image de Georges Petit. Resté fidèle aux expositions du groupe, Armand Guillaumin exposait quant à lui vingt-deux paysages aux côtés de Pissarro, Degas, Morisot, Caillebotte, Rouart et une série de nouveaux venus. 

Proche d’Edgar Degas (1834 – 1917) et de Paul Gauguin (1848 – 1903) qui seront les témoins de son mariage en 1887, Guillaumin fit également la connaissance du docteur Gachet (1828 – 1909) avec qui il peignait et qui lui apporta un soutien financier. Vincent van Gogh (1853 – 1890) et son frère Théo comptaient aussi parmi les amis de Guillaumin et lui achetèrent quelques toiles.   

En 1891, Guillaumin remporta 100 000 francs à la loterie nationale. Finalement à l’abri du besoin et retraité quelques mois plus tard, l’artiste entama alors une nouvelle page de sa carrière artistique et de sa vie d’homme. Ne vivant plus dans la crainte de ne pouvoir subvenir aux besoins de ses enfants, sa peinture se fit plus libre, s’émancipant des carcans qu’entraînent la nécessité de plaire. Il eut enfin l’opportunité d’aller peindre la mer, de séjourner longuement dans la Creuse et de profiter pleinement de la vie de famille. La touche devint plus énergique et la palette plus vive. Le peintre maîtrisait parfaitement les théories de Chevreul sur la couleur et les contrastes. Dans une grande diversité de tons, il parvenait à harmoniser sa synthèse pour donner des effets vibrants, autant d’éléments qui préfiguraient le Fauvisme. Dans une lettre du 7 avril 1891, il écrit à son ami Murer : « Je veux encore me saouler de peinture »… Le marchand Paul Durand Ruel fit partie de ses soutiens indéfectibles et organisa des expositions en France et aux États-Unis. 

Plus que jamais, Armand Guillaumin se tournait vers la nouveauté. Il s’intéressa aux théories divisionnistes et pointillistes, bien qu’il ne prit pas part au mouvement, et présenta Seurat (1859 – 1891) et Signac (1863 – 1935) à Pissarro en 1885. À la fin des années 1880, les impressionnistes se dispersèrent. À partir de 1901, il devint le mentor du peintre Othon Friesz, âgé de vingt-deux ans et tout juste sorti des Beaux-Arts. Quelques années plus tard, Guillaumin se vit confier la mission de présider le département de la peinture du nouveau Salon d’Automne. Tourné vers l’avant-garde, il contribua à l’émergence du Fauvisme. Lors du Salon d’Automne de 1905, la salle VII apparaissait tapissée de toiles aux couleurs pures, n’ayant subies aucun mélange sur la palette. Le critique Louis Vauxcelles fit référence à cette salle comme d’une « cage aux fauves ».

Les dernières années du plus fauve des impressionnistes furent marquées par la Grande Guerre. Séparé de ses fils mobilisés et de son épouse qui continua d’enseigner à Paris, il vécut une période d’angoisses et de grande solitude. Il eut néanmoins la chance de retrouver sa femme et ses enfants sains et saufs et de finir sa vie entouré des siens et reconnu pour son Œuvre.

 Littérature

– G. Serret, D. Fabiani et R. Schmit, Armand Guillaumin 1841 – 1927. Catalogue raisonné de l’Œuvre peint, Paris : Editions Mayer, 1971.

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